A qui profite le développement durable ? de Sylvie Brunel
Sylvie Brunel
À qui profite le développement durable ?
Larousse / à dire vrai
ISBN / 978 2 03 583972 5
PRIX : 9,90
Dans ce court ouvrage, Sylvie Brunel – géographe de formation et ancienne présidente d’Action contre la faim – revisite la notion de développement durable à la lumière des prises de position des uns et des autres. Pour elle, le succès de ce thème doit inciter à la plus grande prudence, et son utilisation à « toutes les sauces » peut masquer des intentions contestables et des intérêts puissants. D’où ce titre un peu accrocheur, qui reflète mal la qualité du propos de l’auteure !
S’il paraît difficile de remettre en cause les objectifs du développement durable – « assurer nos besoins sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs[1] » -, les moyens pour y parvenir peuvent différer selon les points de vue et les philosophies. D’un côté ceux qui considèrent que l’homme est un simple être vivant à l’égal des autres, qu’il faut dans la mesure du possible limiter son « empreinte » dans l’environnement et préserver la Nature à l’identique. De l’autre côté ceux qui pensent que rien n’est plus « naturel », que l’environnement que nous connaissons est le produit de l’action humaine, et que notre devoir le plus urgent est de répondre aux besoins des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Les premiers prônent la décroissance, le contrôle des naissances, la constitution de vastes zones protégées[2]. Les seconds pensent que la croissance reste une nécessité pour améliorer le sort des êtres humains, que seule cette dernière – si elle s’accompagne d’une répartition équitable des ressources – peut conduire à la réduction de la grande pauvreté et favoriser l’émergence de technologies plus économes en ressources naturelles. Sylvie Brunel se situe très clairement dans le second camp, fustigeant les ayatollahs de l’écologie, qui s’émeuvent moins de la mort d’un enfant par malnutrition que de la disparition d’un représentant d’une espèce animale protégée, et qui préfèrent parquer les villageois africains que les éléphants qui ravagent leurs cultures. Elle ne manque d’ailleurs pas de montrer les contradictions du discours écologique sur plusieurs points, comme celui des OGM – dont certaines variétés pourraient limiter le recours aux engrais et résoudre de graves problèmes alimentaires – ou celui des produits « bio » accessibles seulement à une poignée d’urbains privilégiés. Et de dénoncer l’hypocrisie des pays riches qui prennent argument du développement durable pour dénoncer la croissance des pays émergents comme la Chine ou l’Inde, et pour ériger d’insidieuses barrières protectionnistes au nom du respect de l’environnement et des droits de l’Homme.
Emportée par son propos, Sylvie Brunel fait parfois preuve d'une certaine mauvaise foi ou même de légèreté, lorsqu’elle fait l'amalgame par exemple entre Al Gore, le GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) et les fondamentalistes états-uniens, ou bien lorsqu’elle relativise les effets du réchauffement climatique, citant dans sa bibliographie Claude Allègre qui, sur ce point, n’est pas une caution scientifique incontestable ! Mais sa plume alerte et ses talents pédagogiques permettent de poser de façon claire les termes d’un débat salutaire, tant il serait dangereux de se laisser enfermer dans de nouvelles idéologies et de nouvelles certitudes, qui – à la lumière de la science et de l’expérience – pourraient se révéler erronées !
Pierre Vinard
[1] Définition donnée dans le rapport Brundtland, du nom du Premier ministre norvégien qui présida en 1987 une commission de l’ONU sur ce thème.
[2] La dénonciation de cette idéologie est l’argument d’un roman à suspens récent de Jean-Christophe Rufin « Le parfum d’Adam » publié chez Flammarion en 2007 (et réédité par Folio). On peut aussi lire sur ce thème l’ouvrage désormais classique de Luc Ferry « Le nouvel ordre écologique », Grasset, 1992.